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  • patrick2281

INTERVIEW D’EXPERT : Christophe Decaudin, Directeur Sécurité France chez Smurfit Kappa

Dernière mise à jour : 30 sept. 2021

La culture déclarative très poussée pénalise les entreprises françaises au niveau des statistiques sécurité mais nous n’avons pas à rougir de notre niveau de culture sécurité.


Nous avons échangé avec Christophe Decaudin, Directeur Sécurité France chez Smurfit Kappa. En poste depuis plus de 12 ans chez ce géant de l’emballage, il a connu de grandes évolutions au niveau de la culture sécurité tant dans son entreprise (qui a divisé par 3 le nombre d’accidents) que dans l’industrie en général. Nous partageons ci-dessous quelques extraits de nos échanges passionnés autour de l’humain qui est au centre de tout, de la maitrise des risques, de la rigueur et le la responsabilisation.




Quel est selon-vous le niveau de culture sécurité dans les entreprises françaises ?

De mon point de vue, la France n’a pas à rougir de son niveau culturel en matière de sécurité même si souvent les statistiques tendent à montrer le contraire. Quand on compare les résultats sécurité d’un pays à l’autre, la France est parfois montrée statistiquement comme le « vilain petit canard ». Mais le jeu est truqué ! Je vous donne un exemple : Dans notre pays, on constate que 20 à 30% des déclarations d’accidents sont liées à des douleurs au dos. D’autres pays, en Europe ou ailleurs, n’ont pratiquement aucun accident lié aux maux de dos. C’est interpellant notamment lorsque l’on compare deux sites industriels ayant la même activité. L’explication est simple et est liée à notre culture déclarative qu’on ne retrouve pas ailleurs, car dans de nombreux pays les problèmes de dos sont considérés comme des héritages de la vie et pas des accidents du travail.


Quels sont les plus grands défis pour réussir à renforcer la culture sécurité ?

Les choses ont déjà bien évolué ces 10 dernières années. Dans le temps, il n’était pas rare que la prévention soit gérée de façon partielle par la Direction industrielle, qualité ou RH. Aujourd’hui cela devient de plus en plus rare. Les entreprises ont désormais une équipe dédiée en charge de la prévention. En France, on est même plutôt en avance là-dessus et il n’est pas rare que l’on crée des standards qui sont repris dans les autres pays.

Pour renforcer plus encore la culture sécurité, il faut « donner envie » aux gens, à l’équipe. C’est un vaste challenge car nous devons les convaincre d’accorder une attention de tous les instants à la sécurité même si l’on sait que les équipes sont confrontées à d’autres considérations industrielles, techniques, commerciales ou financières.

Chez Smurfit Kappa, nous réalisons régulièrement des « Safety Opinion Survey » qui démontrent que la sécurité intéresse les gens et qu’un réel esprit d’équipe s’instaure. Il est essentiel pour nous de mesurer l’adhésion et la participation de tous. Renforcer cette implication passe notamment par un gros travail avec le management. Nous déployons de vastes programmes qui mettent l’accent sur la responsabilité de tous. Au-delà des indispensables programmes de formation, nous demandons à nos cadres de mettre en place des projets concrets dans les équipes.

Nous souhaitons continuer à faire évoluer l’état d’esprit des salariés. Nous voulons rendre les gens fiers des performances sécurité. Pour ce faire nous les responsabilisons par rapport au code du travail, par rapport à la loi. C’est un cercle vertueux.


Qu’est-ce qui fonctionne le mieux pour agir sur les comportements ?

Pour moi il faut placer l’humain au cœur de tout, se soucier de l’autre en tant qu’homme plus qu’en tant que collaborateur. Cela passe naturellement par la communication. Chez Smurfit Kappa, on a changé la façon de parler à nos collaborateurs. Nous avons par exemple instauré les « conversations sécurité ». Cet outil est aujourd’hui devenu un outil mondial dans le groupe s’adressant à tous les collaborateurs. Il y a aussi la méthode « SVP » enseignée notamment par les coachs Fullmark. La question à poser lors d’un écart est « est-ce que tu ne sais pas » ou « est-ce que tu ne veux pas » ou encore « est-ce que tu ne peux pas ».

Mon objectif et de renforcer la maitrise du risque à tous les niveaux. Il y a toujours à faire mais le niveau de risque descend bien ! Le grand défi c’est la rigueur. Il faut arriver à ce que chacun fasse ce qui est écrit et convenu.


Que pensez-vous de la notion de « culture juste » ?

J’ai connu une époque où faire de la sécurité consistait essentiellement à sanctionner. Puis j’ai vu s’opérer un mouvement de balancier. On a très fortement orienté les contacts sécurité sur du positif. C’est une bonne chose mais il faut éviter les excès de positivisme aussi. L’idéal est de trouver le juste milieu.

Depuis plusieurs années, nous travaillons à instaurer un environnement fondé sur la confiance. La culture juste vise notamment à créer des conditions favorables à la notification des événements et contribue en ce sens à une gestion efficace de la sécurité.


Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous pour avoir un impact important sur le nombre d’accidents de travail ?

Faire évoluer le système déclaratif français et avoir un vrai filtre « magique » qui ferai de façon juste la différence entre les maux dus au travail et les héritages de la vie.


Comment renforcer le leadership des managers en matière de sécurité ?

Je pense qu’il faut individualiser les objectifs et transformer chaque manager en réel leader de la santé sécurité. Nous avons aujourd’hui dans les entreprises des équipes de préventeurs dédiées à la sécurité pour un effet positif rapide. Mais cela ne doit pas dédouaner les managers. Le préventeur est un expert au service des managers. Le but est que les managers s’autonomisent et se responsabilisent et qu’ils aient de moins en moins besoin de l’aide des experts. Le rôle du manager dans son équipe est et reste essentiel. C’est toujours le manager qui doit montrer l’exemple, la voie qui sera suivie par les membres de son équipe. C’est pourquoi il est essentiel d’outiller chaque manager pour qu’il soit réellement en zone de confort pour faire vivre la sécurité au quotidien dans son équipe.




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